Mass Effect me manque. C’est un sentiment qui m’étreint, par vague. Une fois l’an, je sens l’envie de retrouver l’univers de la série. D’être à nouveau sous le charme. Comme un appel lointain, ou une faim discrète. Je n’y rejoue pas. Je ne me vois pas rejouer, en général. Mais l’idée d’avoir un nouvel épisode, même une pale copie, avec les mêmes musiques, les mêmes idées, la même ambition, m’emballe. Seulement il n’y en a pas. Mass Effect : n’a plus.

La trilogie originale fut un délicieux moment d’égarement. La seule musique de Jack Wall et Sam Hulick (Mass Effect 1, Mass Effect 2) suffit, aujourd’hui, à susciter un frisson le long de mon échine – plus que celle de Hulick sans Jack Wall (Mass Effect 3). Sans révolutionner le genre de la science fiction, la trilogie de Bioware avait capté avec un soin méticuleux tous les ingrédients du space opera : un vaisseau, une variété de monde et de races, un équipage charismatique, une base, des rebondissement scénaristiques, un héritage, un ennemi commun. Tout ce qui fait l’embardée d’une aventure dans l’espace était là. Ce qui, pour un jeune bleu comme moi, me laissait rêveur.

Au delà de la valeur intrinsèque des jeux, la série Mass Effect, et la trilogie tout particulièrement, fut un fascinant voyage. Ou les discussions d’avant jeu firent écho aux réactions de l’après, puis aux hypothèses. Au fil des années, chaque épisode nous vit discuter, parler, échanger. Comparer, surtout, ses choix avec ceux des amis ; et puis imaginer ce que serait la suite. On était dans cette sorte d’excitation de vivre, non pas juste un jeu, mais une épopée au long cours. Je ne crois pas avoir connu, pour une autre série ou un autre jeu, cette sensation d’être dans l’instant de quelque chose de grand. De prendre part à un projet ambitieux. En proie à une trépidante excitation.

Mass Effect fut sans doute la plus aimable des promesses non abouties. J’ai aimé cette volonté de nous emporter loin, de nous faire voyager. Qui dessinait un univers fini, ou pléthore de formes de vie et de mondes se côtoient. Mais aussi leur part d’incertitude. Et bien que la promesse de l’infini des mondes à explorer, se heurtant au pragmatisme du développement, devint un nombre très fini de planètes à explorer, ça ne heurta pas l’expérience. Avec le recul, cette limite servit leur propos. Car sans cette finitude, l’univers eut chut dans l’hyper répétitif des jeux procéduraux, No Man Sky en ligne de mire ; gagnant par là-même en immensité ce qu’il auraient perdu en singularité.

Avec Mass Effect 3, pour de nombreux joueurs le mythe a chut. Je fis partie de ces joueurs, déçus qui peinent à s’en remémorer en des termes positifs. Je ne sais, d’ailleurs, avoir jamais fait la « nouvelle » fin. Pourtant, des années plus tard, une autre équipe aux manettes, Mass Effect sembla devoir surgir à nouveau. Mass Effect : Andromeda apporta avec lui une belle promesse. Celle d’une nouvelle trilogie. Mais le succès ne fut hélas pas au rendez-vous. Pour toutes ses errances, je trouvai l’expérience plaisante. Ou étais-je trop heureux de retrouver l’univers de Mass Effect pour réellement voir au-delà ?

Je sais combien les souvenirs nous sont partiaux. Ils se meuvent avec le temps. Deviennent parcellaires, idéaux, déformés. Ils changent, souvent de manière définitive. Mes souvenirs de jeu n’y échappent pas. Ce coté idyllique de l’aventure Mass Effect a sans aucun doute quelque chose d’immérité. Mais je n’en ai que faire. Se remémorer Mass Effect, à mon sens, c’est comme se rappeler un pan de ma jeunesse, me remémorer les sorties entre amis.

A côté de ça, quand je compare avec d’autres expériences qui m’ont emballé, tel que NieR Automata, je réalise que le sentiment diffère. Lorsque je songe à NieR Automata, je ressens la joie d’y avoir joué, mais aussi une certaine paix. Alors qu’avec Mass Effect je ressens un manque. Une insatisfaction. Malgré tout le bonheur que les jeux m’ont procuré, la fantastique aventure que je crois avoir vécu, et les souvenirs impérissables qui perdurent aujourd’hui, il demeure cette toute petite lésion, qui gratte, qui gratte. Au fond de ma tête, au fond de ma tête. Comme un appétit lointain, une faim subite.