J’ai rencontré Assassin’s Creed Odyssey en avril 2020, à l’occasion des week-ends découverte. Y jouer fut alors fut alors une affaire bien délicate, entre une connexion internet limitée, et les erreurs rencontrées lors du lancement. Heureusement, je pus m’y essayer in extremis. Je me suis trouvé, l’espace d’un instant, nerveux et nostalgique à l’idée de retrouver Assassin’s Creed. Ca remontait à un bail. Néanmoins, dès le jeu lancé, je me sentis rassuré, comme saisi d’un vent de fraîcheur, transporté dans un pays dont j’ignorais la langue. Régalé par la mise en scène, je me pris à rêver, quelques heures durant.

Assassin’s Creed Odyssey est un jeu qui ne laisse pas de marbre (en effet : il se déroule à l’époque de la Grêce antique). Même pour le plus grand des cyniques, il est difficile de ne pas se trouver en proie à l’abêtissement des beaux instants. Dès les premiers mouvements de caméra, on admire les environs ; puis on s’admire soi, on se reluque sous tous les angles, on visite la saillance des muscles, les vêtements en lambeau. On questionne la nature des sous-vêtements de l’époque. En somme : on se perd, on regarde, d’abord, plus qu’on n’agit. Le titre l’encourageant, je passai un temps certain, au gré de mes aventures, à chercher la bonne composition – ici, une lumière intéressante ! Là, un angle ! Immortaliser avec justesse les couleurs et les formes, en s’appuyant sur l’objectif, qui invite à respecter la règle des tiers, devient vite un jeu dans le jeu. On oublie, dès lors, les grands objectifs – comme les petits – au profit des ballades sans but et des curiosités naissantes.

J’avais oublié la série. Pour toutes leurs qualités – et à l’image de Far Cry les Assassin’s Creed m’ont par trop souvent laissé un arrière-goût de… trop plein de vide. Le nombre exubérant de lieux à visiter, pour y recueillir les mêmes informations, y accomplir les mêmes actions, finissant, en creux, par être lassant. Assassin’s Creed Odyssey peut être enchanteur. Mais dès qu’on y joue avec l’objectif d’avancer, le cynisme d’un jeu conçu pour occuper prend le pas. Les quêtes insipides s’accumulent de manière invraisemblable ; similairement à un MMORPG, le jeu se fend même de quêtes renouvelables. Le rapport au monde se résumant finalement à bien peu de choses : un voyage qui donne peu à penser, un héros opportuniste qui provoque des conflits en vue de récupérer de l’équipement (chic, du loot violet !), du massacre de soldats et d’animaux en quantité. J’avais oublié qu’un jeu, même très beau, et très chantant, pouvait être aussi vain.

En terme de direction artistique et de recréation pseudo-historique, Assassin’s Creed possède un vrai savoir-faire. Mais la série semble vouloir, plus que d’autres, répondre à une somme de critères générique – s’obligeant, de un, à posséder des graphismes, et de deux, à avoir un contenu conséquent. Des artifices vendeurs, basés sur le « encore plus », qui flatteront les fans, et donneront une impression de conformité aux critiques. Insidieusement, cela a le bon goût de conforter le marché dans ses biais : si un jeu n’est pas beau et riche en contenu, il n’a pas de raison d’être. Ce qui destine la série à rester ce qu’elle est : un jeu d’appel. Il est tentant, chaque fois tentant, de se demander ce qu’il en serait s’il était autrement. D’imaginer, du bout de l’esprit, ce que pourrait être Assassin’s Creed si il ne cherchait pas si obstinément à être conforme ? L’idée me fascine. Elle est pourtant si vaine. Car, en vérité, Assassin’s Creed est exactement ce qu’il est censé être : une jolie carte postale, un ventre bien rempli.

1 « Les vases destinés à restés vides sont les plus chargés d’ornements. » Robert Sabatier ; Le livre de la déraison souriante (1991)

2 Ubisoft, tous supports, 2010