Un temps à part

Un temps à part – 12 mars 2021

La lumière du soleil traverse la pièce. Petit T, dont le visage est à l’ombre, grâce à un petit fauteuil stratégiquement placé, tente désespérément de s’endormir sur son tapis. Ses jambes s’agitent, se lèvent et puis retombent. Ses bras naviguent, enserrant alternativement panda-papier-bruyant, serpent-bille, soleil-clochette, cube-clochette et cylindre-bois. Tous se mêlent à proximité de son visage, impérieusement ramenés à la bouche, pour y être dévorés l’espace d’une seconde, puis relâchés. Lorsqu’il se couvre ainsi de jouet, c’est que la fatigue est pressante, et le besoin de réconfort accentué. Dans ces prémices au sommeil, ses propres mains se confondent invariablement au reste. Dans sa bouche, un bout de doigt succède à un bout de soleil. La différence est faible, du moment qu’il y a matière à tûter. Enfin, c’est sans compter sur le pouce. Le pouce qui, fallait-il s’y attendre, finit souvent par en sortir vainqueur. Ce pouce qui, il y a deux mois encore, se confondait avec l’index, plus grand, plus sophistiqué, plus goûteux. Mais qui désormais parade parmi les doigts, avec son air moqueur et ses manières à part.