Quatre années après que Irem en ait annulé la sortie alors qu’il était quasiment finalisé, Zettai Zetsumei Toshi 4 refait progressivement surface. Aux modestes images postées en juillet dernier se joint la promesse, faite en septembre lors du Tokyo Game Show, d’une annonce en bonne et due forme pour novembre. Des nouvelles plutôt rassurantes. Rappelons que le développeur ancestral de la série, Irem – aussi connu pour les séries R-Type et Steambot Chronicles – ayant clos sa division jeu vidéo peu de temps après son annulation, c’est Granzella qui est cette fois à l’œuvre. Derrière ce studio, fondé dès avril 2011, se trouvent nul autre que le créateur de la série, Kazuma Kujo, ainsi que d’anciens collaborateurs de chez Irem.

Zettai Zetsumei Toshi… 4 ?

Pour beaucoup de joueurs Zettai Zetsumei Toshi ne signifie probablement pas grand chose, les deux premiers épisodes étant sortis sur Playstation 2 il y a plus de huit ans déjà, et ce sous des noms différents : SOS The Final Escape, en 2002 et Raw Danger, en 2007 ; l’épisode PSP, sorti en 2009, n’est lui jamais parvenu en Europe. Ce quatrième épisode, originellement prévu pour la Playstation 3, n’en demeure pas moins ancré dans les mémoires, eut égard aux circonstances exceptionnelles lors desquelles il fut décidé de son annulation. Ou quand une série qui a dépeint le Japon en proie à des catastrophes y succombe à son tour.

tsunami-japon-11mars-2011Retour au jour de l’annulation, le 14 mars 2011. Ce matin-là, une déflagration se fait entendre : c’est le bruit du toit du bâtiment du réacteur 3 de la centrale de Fukushima, qui vient d’exploser, libérant une dose massive de radionucléides dans l’atmosphère et blessant onze personnes sur le coup. Depuis plusieurs jours maintenant les équipes de secours et celles de TEPCO, complètement débordées, tentent d’éviter le pire en injectant de l’eau dans les cuves de la centrale. Dans le reste du pays les dégâts et le nombre de personnes touchées sont encore en cours d’évaluation. On parle de 2000 victimes et plus de 10 000 disparus, pour des dizaines de milliers de déplacés. A l’origine de cette catastrophe : un tremblement de terre de magnitude 9.0 qui s’est déclaré trois jours plus tôt, au large des côtes nord-est du pays. Mais c’est surtout le tsunami qui s’en suivit, à peine dix minutes plus tard – des vagues entre 10m et 30m de haut – , qui ravagea le pays, touchant quelques 600km de côtes et s’enfonçant jusqu’à 10 km dans les terres. Ce 14 mars là, après trois jours de terreur, Irem décide de purement et simplement annuler la sortie de Zettai Zetsumei Toshi 4.

La décision de Irem

Si la catastrophe fut, au moins en apparence, le raison de cette annulation soudaine, la fermeture, dès avril 2011, de la branche jeu vidéo de Irem laissait deviner d’autres éléments. Ce que confirma Kazuma Kujo dans une interview accordé à 1Up en 2012 : « Il y a une chose que je peux dire : le tremblement de terre fut un facteur, mais dans l’annonce de cette annulation à aucun moment il n’est dit que ce fut à cause du tremblement de terre. » « Même sans le tremblement de terre, il devenait difficile de faire certaines choses, à Irem. », ajoute-t-il. Il s’avéra que le jeu, initialement repoussé à l’été 2011, avait du retard. Ce fut donc l’accumulation des complications, plus qu’un élément en particulier, qui en provoqua l’annulation. Kujo assura d’ailleurs n’avoir aucun problème avec cette décision. « Après le tremblement de terre, (…) nous travaillions sur un titre pour lequel nous ne pouvions plus déterminer de date de sortie. Notre seule option était de l’annuler. »

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La réaction du public, face à cela, fut particulièrement intéressante, se montrant initialement hostile au projet. « Le tremblement de terre s’est produit le 11 ; nous avons annoncé l’annulation le 14, trois jours après la catastrophe. Durant ce temps, nous avons reçu une vingtaine de lettres nous critiquant pour notre manque de sensibilité. » Avant de se montrer, à la plus grande surprise de Kujo, massivement en sa faveur : « après le 14, lorsque nous avons annoncé l’annulation du jeu, nous avons reçu cinq cent lettres nous demandant de nous rétracter. » « Une semaine environ après le tremblement de terre nous avons même reçu une lettre des victimes. Dans une autre, un préposé au gouvernement nous écrivait depuis une zone sinistrée pour nous demander de ne pas annuler le jeu. » « C’est à ce moment que j’ai songé que nous ne devrions peut-être pas annuler le jeu. Mais est-ce que j’aurais pu le sortir ? Probablement pas. » De là, l’idée fit son chemin : « Irem ne pouvait plus publier ce jeu. Moi, si. Lorsque j’ai lu cette lettre, je me suis dit qu’un jour je devrais en faire ainsi. »

L’après 2011

Granzella, lors de sa création en 2011, fut établi avec la volonté de faire réémerger Zettai Zetsumei Toshi des cendres : – « un des buts originels (…) était de sortir un nouveau Zettai Zetsumei Toshi », évoque Kujo. Le studio n’en eut toutefois pas initialement les moyens et dû réaliser des commandes, concevant par ailleurs une large quantité de salons pour le Playstation Home – clos en mars dernier. C’est en décembre 2014, à force de discussions avec Irem, que Granzella annonça avoir finalement récupéré les droits de la licence. A peine deux mois plus tard le studio republiait sur le PSN japonais les deux premiers épisodes sous la forme de PS2 Classics, espérant ainsi raviver un certain intérêt pour la série. Et renchérissait, le 29 juillet dernier, en y ajoutant l’épisode PSP – soient quelques jours à peine avant les premiers screenshots de cette mouture PS4 de Zettai Zetsumei Toshi 4. Le jeu semble donc définitivement sur le bon chemin.

L’importance de son retour, dans le contexte d’un pays où, quatre ans après, quelques 120 000 déplacés attendent encore de pouvoir vivre dans des conditions normales, peut sembler très relative. Il s’avère que beaucoup de choses le deviennent devant l’ampleur d’un tel phénomène. Mais peut-être plus encore les jeux vidéo, qui rarement ont brillé par leur capacité à traiter dignement de sujets sérieux. Ils se voient, au contraire, souvent confinés à la particule « jeu », et donc à leur statut d’amuseur, à leur insignifiance. Zettai Zetsumei Toshi demeure une série à part, car elle fait de la catastrophe, et donc de la tragédie, son unique fil conducteur. Elle témoigne également de l’oppressante menace que font planer les tremblements de terre au Japon (comme l’illustre Zettai Zetsumei Toshi 3). Ce nouvel épisode sera toutefois plus délicat à réaliser, confiait Kujo à Famitsu, en février dernier : « J’ai beaucoup réfléchi à ce qui s’est produit durant ces quatre dernières années. Je suis content que nous ayons les droits de la série, mais je suis en proie à beaucoup d’auto-réflexion au regard de ma capacité à faire de ce jeu ce qu’il devrait être. » Quelque soit le résultat, la série revient de loin. Et c’est peut-être déjà une victoire en soi. Pendant ce temps, sous les décombres, R-Type et Steambot Chronicles, eux, patientent toujours.

 

Nota :

– Un texte similaire à celui-ci fut écrit début aout et proposé – savait-on jamais – à différents organes de presse différents (spécialisés comme généralistes). Des quatorze contactés, les seuls deux qui répondirent (je les en remercie) ne se montrèrent malheureusement pas intéressés. Une possible opportunité (merci également), courant septembre, ayant échoué à prendre forme, je le publie en ces lieux, un rien désappointé, mais aussi avec beaucoup de soulagement.

– L’image de garde (image complète) est tirée de la jaquette de SOS The Final Escape.

– Pour en savoir plus sur la situation au Japon : Fukushima, 4 ans après : les réfugiés de l’atome forcés au retour en zone contaminée (merci Alexis)