Ça y est. Le milieu de soirée atteint, j’allume la Playstation 3, le DVD de Trail of Cold Steel II déjà niché à l’intérieur. Un peu plus tôt, dans l’après-midi, j’ai eu comme un pressentiment. A quoi bon attendre davantage, me suis-je demandé. Alors que j’ai cette occasion, peut-être unique, de continuer mon chemin. Sur cette pensée, je cède à l’envie. Dans le meuble, en face de moi, la console vrombit, alors que ces quelques mots apparaissent : « Début de l’installation ». C’est bon, j’ai l’habitude.

En poireautant, je repense au premier jeu, que j’ai terminé deux jours plus tôt. Je n’avais pas vu venir cet attrait, pour un jeu lancé sans certitude. Ce qui rend sa contrepartie, l’incertitude d’un jeu lancé au hasard, d’autant plus agréable. Le périple fut certainement long. Au point que je me suis laissé prendre, en plusieurs occasions, à croire la fin déjà là. L’histoire a le don, en maintes occasion, de placer le joueur dans l’expectative des grands drames à venir, et parfois de ceux venus. Je regarde en arrière et tant de choses se sont passées. Mais c’est surtout la manière dont elles se sont déroulées qui défie la norme. Toute fantasmagorie mis à part, les étudiants de la classe VII ont eu à gérer et à affronter des évènements crus, parfois cruels, en tout cas excessivement réalistes.

The Legends of Heroes : Trails of Cold Steel, bien qu’assez différent dans la teneur, prend parfois inspiration sur la série Persona, qui voit la normalité du quotidien côtoyer les grandes aspirations, les grands drames. On passe des jours, parfois interminables, à l’académie, où l’on se voit réaliser des taches pour le conseil étudiant, suivre les cours, passer des examens, enquêter sur l’ancien bâtiment de l’école. Jusqu’au grand jour : l’étude de terrain. Une fois par mois, la Classe VII est divisé en deux groupes, puis envoyé à deux destinations, pour prendre le pouls de l’Empire et venir en aide à ses habitants. L’occasion, également, d’affronter les différends, de souder les équipes. D’interroger, également, l’essence du groupe et le pourquoi de leur présence.

Trails of Cold Steel est un jeu qui fait preuve de beaucoup de sagesse et d’une certaine humanité. Les personnages principaux, à défaut d’être tous attachants, sont intéressants et évoluent avec beaucoup de finesse. Les personnages secondaires occupent, pour leur part, une place majeure dans leur évolution et dans les différents rapports de force. In fine, c’est peut-être encore la façon dont la classe VII se placent en barrière en chaos qui force l’admiration. Car, s’ils le font, c’est non pas par intérêt, ou parce qu’ils se savent des héros, mais parce qu’il s’agit du meilleur choix, du choix logique – sous le regard souvent bienveillant de leur professeure. Ce qui force chez eux une certaine force humilité, et apporte une nuance bienvenu au profil type des J-RPG.

Le jeu, lui-même, semble avoir été réalisé à échelle humaine. Ce qui signifie, à l’écran, un jeu graphiquement courtois, mais limité, qui dispose d’animations réduites, d’un bestiaire sommaire, et ponctuellement de soucis de mise en scène. Plus gênant : les soucis de ralentissement, lors du dernier donjon notamment. A côté de ça, le niveau de soin apporté à la narration, aux dialogues, et au système de jeu, extrêmement complet, témoigne d’un travail méticuleux. Le travail sur la musique, qui témoigne d’une simplicité bienvenue, est lui plus inégal. Si certains morceaux aux tintes synthétiques sont bien trouvés, d’autres plus rocks ou trop rythmés peuvent s’avérer épuisants à l’écoute, en ville notamment.

Il y a là une aventure à laquelle il vaut mieux se préparer. Le rythme est lent, et la quantité de texte vertigineuse. Pour autant, ou peut-être pour ces raisons, The Legends of Heroes : Trails of Cold Steel est un jeu passionnant à lire et à vivre. Je suis trouvé, sans le vouloir, à me remémorer les bons jours de Skies of Arcadia – à tort, sans doute -, et cette idée de la grande aventure, avec ses moments de platitude et de grandiloquence, que beaucoup de RPG ont abandonné depuis. Il y a effectivement de quoi avoir le vertige, quand on se dit qu’il s’agit seulement là du premier épisode. La fin ne laisse nullement le doute. L’arrivée prochaine du 4 non plus. L’aventure est dantesque. Mais elle est aussi, et surtout, exaltante.