Chroniques, Le 17

Le 17 : je conceptualiste

Ça y est : je suis à l’équilibre, pile poil à la médiane. Entre sacré con – qu’on en pâtit – et fin philosophe – qu’on sent filer. Ça m’a pris un vendredi, comme ça. Je m’y trouve de bon aloi. Je suis en short, comme tous les vendredis. Plus tôt, j’ai rendu visite à ma mère. Elle aussi pense qu’il serait temps que je fasse un choix. Qu’on peut pas rester toute une vie sans choisir d’être con. Alors dans mon entêtement, j’ai choisi : je serai mi-con.

Un loyal neutre, ça se qualifie aussi dans sa capacité à faire preuve d’entêtement. Moi, par exemple, (et parce qu’il n’y a ici personne d’autre) je peux être têtu. Quand un jeu me dit quatorze fois non, je tente une quinzième. Quand je sais être dans mon bon droit, je le prouve par tous les moyens possibles et imaginables. Quand un policier m’arrête pour contrôler mon attestation dérogatoire, et je lui dis crotte, il sait que j’ai raison. Par le passé, j’avais des marottes terribles. La dématérialisation, les DRM, les campagnes marketing agressives, et le foutage de gueule en général : je détestais. Je me révoltais comme un petit jeune dans des articles au vitriol gratos. J’en garde une pensée émue.

Je me suis calmé depuis. Avec l’âge, on apprend à tout mettre de côté. A opérer avec réserve. J’ai mis tellement de côté, je ne sais plus ce qui s’y trouve. Je suis devenu, sans le vouloir, un mi-con sceptique – disons un mi-con-scept – qui peine à s’enthousiasmer face aux nouveautés vidéoludiques. La prochaine génération, par exemple, cela m’en touche une sans faire bouger l’autre. Les jeux à sortir ne me passionnent guère. Je peine à me représenter tout ce qui est à venir, à être excité pour un rien. Même le prochain Shin Megami Tensei m’apparaît comme lointain. Il faut que je joue pour me sentir transporté. J’ai trop besoin de concret pour me réjouir des hypothétiques.

Le jeu vidéo, pour moi, a toujours été une folle aventure. Une aventure qui avait du sens tant qu’on parvenait à en discerner la finalité. Les choses étaient simples, à défaut d’être idéales. Je me revois, à rêvasser devant les jeux vidéo d’occasion. A toucher les boîtiers. A les tourner. A essayer de les deviner. C’est difficile de ne pas ressentir une pointe de regret, à l’idée de tout ça. Aujourd’hui, les choses m’apparaissent comme inutilement compliquées. Acheter un jeu pour le voir vous dire désolé, mais je peux pas me lancer, c’est gentil, mais au bout d’un moment c’est lassant. Alors on le laisse tourner, s’installer, faire son truc. De toute façon on n’a pas le choix. Mais je me dis que dans l’équation des schémas complexe censés entrevoir le futur du jeu vidéo – puissance de calcul, SSD et tout le toutim – on a oublié de faire simple. Ça réveillerait presque le petit jeune, tiens, le révolutionnaire du dimanche. Un mi-con-scept…ionnaire, ça sonne bien, non ?

Crédits musique : Desertion – Bionic Commando (2009)

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