Il pleut à fortes gouttelettes. Sur le toit, au dessus de moi, l’eau s’affaisse, claque, ricoche avec douceur dans l’air, puis s’écoule de toutes parts. La pluie traverse le paysage, avec une régularité artificielle. Dans les champs et les maisonnettes rapiécées, l’eau s’insinue. A mesure que les cieux s’assombrissent, sa chute s’accentue, s’épaissit. L’obscur nous assomme. Mais je me tiens à l’abri. Sous des cubes de matières, agrégés à la va-vite, qui n’ont d’autre but que de parer à l’urgence : être au sec. Pas tant au sec, d’ailleurs, que sauf. Voir la pluie m’entourer, l’entendre en vain tenter de percer cette mince toiture, la deviner si proche que des gouttelettes se collent à ma peau : ça me rend joyeux. Quelques cubes pour une alcôve.

L’envie de construire me tenaillait depuis quelque temps. Ça m’est venu en voyant, quelques semaines auparavant, un streameur de mon choix s’aventurer à Minecraft. Un domaine de compétence qui n’était pas le sien. Mais qui, sans surprise, lorsque l’on passe six heures par jour à la chose, sous le regard appuyé des experts du monde entier, l’est vite devenue. Je n’ai jamais vraiment « joué » à Minecraft. Tout au plus ai-je tenté le mode multijoueur, qui alors était gratuit. La partie « solo », c’est à dire le grand vide, le potentiel, ses alternances jour-nuit, ses monstres qui explosent, ça ne m’a pas séduit. L’idée d’être entièrement seul me tracassait. Surtout accompagné d’une musique aussi mélancolique.

Minecraft fut donc un de ces jeux que je préférai admirer de loin. Toutefois, l’envie de construire étant là, je me mis en tâche de la résoudre. C’est là que je me suis souvenu, pour l’avoir aperçu du coin de l’œil, de Dragon Quest Builders. Ayant vu le 2 à prix réduit, j’en gardai la page ouverte – pour la laisser respirer. Et mieux en triturer l’idée. Je me décidai promptement, après lecture de la critique de RPGFan, que j’ai trouvé drôlement adéquate. Je dus patienter, néanmoins, comme pour toutes choses. A la faveur des colis lents, et des Trails of Cold Steel II qui se terminent lentement. Fatigué que j’étais de lire, je n’ai pas résister, et grand bien m’en a pris : je cube – et tape – avec plaisir.

Dragon Quest Builders 2 est un jeu au style très accompagné. La narration, en toile de fond, voit le joueur incarner un petit-batisseur-deviendra-grand, qui apprend les bases, avec humour, grâce à l’ennemi juré – qui n’est finalement pas si méchant. Arrivé sur une île, et puis en fait sur plein d’autres, Petit Batisseur se fait des amis, explorant progressivement les environs, à la faveur des quêtes. A tout moment, et sans qu’une quête en fasse nécessairement l’injonction, il est possible de collecter toutes sortes de ressources : terrain, matière, graines, objets, résidus de monstre. De manière limitée, puis rapidement de manière illimitée. Et donc de construire à l’improviste.

Le plus, c’est le nombre assez sidérant de personnages rencontrés. A force d’errer, Petit Batisseur rencontre des PNJ qui se lient à lui. De retour à la base, l’objectif n’est plus seulement, dès lors, de découvrir, mais de rassembler. Ce afin de de créer des communautés. Un village étant ce qu’il est, chacun de ces vils PNJ a des besoins (parfois très humains), qui donneront lieu à des quêtes. Mais, puisqu’ils sont bourrés de bonnes intentions, mettent aussi la main à la patte. Une communauté ivre d’un optimiste béat : rien de tel pour avoir des travailleurs qui triment, remuent la terre, construisent, et font la cuisine gratuitement. L’important étant (quand même) de passer du bon temps ensemble.

Au fur et à mesure que la journée avance, il est amusant de les regarder faire. A la fin de journée, ils se précipitent à la douche, et font la file devant. Tous n’auront pas le plaisir de s’y détendre. Car une fois la nuit tombée, il faut dormir. Dans la plus petite chambre du monde, les PNJ à nouveau se précipitent, puis se couchent un à un dans les lits de paille encore disponibles. C’est mignon, un PNJ qui dort. Dans la chambre, à mon tour, je les observe. Huit dans une pièce, c’est peut-être un rien beaucoup. Je ne dors pas. Alors je réfléchis. Il serait peut-être temps, je me dis, de construire un étage.