Plus tôt dans l’année, j’annonçai gravement à ma compagne « Ma chérie. Je crois que je vais devoir acheter la Switch et la Playstation 5. » Les jeux vidéo n’ont, heureusement, jamais été un sujet de dissension entre nous. Nous jouons parfois ensemble ; et lorsque je joue de mon côté je le fais de manière mesurée. A mon expression, elle a donc tout de suite compris l’enjeu. « Ah ? », m’a-t-elle répondu. « Oui, argumentais-je. Il vient d’être annoncé que Shin Megami Tensei 5 sortirait exclusivement sur Switch. Tu sais, la série hyper compliquée au nom imprononçable qui a vu naître de multiples spin-off ? » « Persona truc là ? » « Oui, celle-là même. Du coup, en ce qui concerne la Switch, j’ai pour ainsi dire pas le choix. Puis la Playstation 5, je l’avais déjà évoquée. Disons que c’est un choix qui me semble logique. En plus tu pourras regarder tes séries. Je voudrais pas avoir à te la louer. » « Chéri, tes arguments me semblent savamment étudiés. Je n’ai aucune objection. » Oui, on se parle comme ça, à la maison.

J’étais, depuis, resté sur cet élan déterministe qui me verrait, quoi qu’il advienne, acquérir la Switch comme la Playstation 5. La trajectoire était déjà calculée et le point d’impact enregistré. Ce, bien que je ne sache rien, à ce moment, de la Playstation 5. Ni prix, ni date de sortie, ni jeux, ni esthétique. En somme, je me ruais en souriant comme un dément vers l’inconnu. Sur le papier, en tout cas, le prospect d’acheter la Switch était peu risqué, conforté par le panel de jeux déjà sortis, et la présence à venir de deux SMT – on abrège, hein – avec le remake annoncé de Lucifer’s Call. Au pire la console deviendrait-elle familiale. En revanche, si je basais mes espérances sur la Playstation 5 en grande partie sur mon expérience de la précédente – en fait, de l’actuelle – Playstation 4, les annonces du 16 septembre m’ont rendu la chose un peu brouillonne…

C’est un fait que l’envie se heurte parfois à un mur d’incompréhension. Dans les jeux vidéo, il faut carrément y voir un barrage. Tout s’y trouve hyper segmenté, défini, sectorisé, technique, exclusif, gâté en prime par le plus épouvantable des charabias. Aussi, à peine m’étais-je intéressé à la dernière sculpture d’art signé Sony, que je me suis sentis noyé dans la mélasse de détails. Le curieux de passage put ainsi apprendre qu’il y avait en fait deux modèles de Playstation 5. Une, exclusivement numérique (sans lecteur Blu-ray), au prix de 399 €, dont l’unique moyen d’achat sera donc en téléchargement. La seconde, doté d’un lecteur Blu-ray, se trouvant au prix du 499 €. Pourquoi cette différence ? Parce que, m’a dit Jean-Luc, Sony espère attirer le chalan avec la version numérique, qui permet un meilleur contrôle des prix et des marges plus importantes. Jean-Luc a ajouté que le lecteur Blu-Ray ne coûte « que » 30 € à 40 € à construire. Ce qui signifie que Sony mise à fond sur le numérique. De toute façon, on a tous une connexion internet de dingo, non ? Comment, Jean-Luc, t’irais plus vite en allant le chercher à pied ? T’as peut-être bien raison.

Au delà de ce dilemme, qui ne concernera finalement que les personnes dotées d’un salaire raisonnable, ça s’empire lorsqu’on s’intéresse aux jeux. Jean-Luc n’a pas voulu rentrer dans les détails. Mais il faut différencier : les jeux exclusifs pas vraiment exclusifs, les exclusivités temporaires, les jeux PS5 qui sortiront sur PS4, les remakes, le nouveau système d’abonnement, le change $/€ drôlement imaginatif. Bref, m’a dit Jean-Luc, c’est un peu le foutoir, tu ferais mieux d’acheter une MegaDrive d’occasion. Tu comprends, tout ça, ce sont des décisions financières. Des choix qui sont faits. Des actes délibérés visant à nous prendre vaguement pour des poires. Mais pas trop. Ainsi l’espoir reste bon.

Alors, c’est le vague à l’âme. Je me dis que les jeux seront sans doute bons. Mais les effets d’annonces, et la sommité des détails qu’ils cachent en réalité est exténuant à analyser. Chiant, même. Les voir régulièrement pris dans la toile de leurs mensonges, et continuer avec la même obsession à prendre les acheteurs pour des courges, ça interroge, forcément, les fondements de notre équilibre mental. Ça m’a toujours défrisé. Combien le marché vidéoludique est exagérément élaborée, l’extrême arrogance de ses pontes, de ses observateurs, et cette façon pernicieuse de faire des promesses sans l’obligation morale de les tenir. Du coup, la Switch : oui. La Playstation 5 : peut-être ? Il reste quoi déjà ? La Xbox Series X ? Ah. Elle était à combien, déjà, la MegaDrive ?