J’ai, depuis peu, une équipe de fantasy basket. L’écrire en ces mots rend la chose d’autant plus surréaliste. Mais, curieusement, je me fais doucement à la chose. D’ailleurs, pourquoi pas ! Après tout, j’ai toujours été assez éclectique, appréciant dévier du chemin principal pour parcourir les genres, explorer les territoires. Quitte à me retrouver, par moment, sur un sentier paumé, ou un jeu désuet. Oh, bien sûr, il y a des étapes. On ne se réveille pas le matin, les orbites encore profondément enfoui dans le visage, en se disant : « Il me faut une équipe de fantasy basket ». Non, ça non. Il y a des étapes…

L’histoire commence, fort possiblement, avec Super Hockey (1993, Super Nintendo ). Au grand dam de mon frère, qui n’y voyait aucun intérêt, j’avais demandé à mon oncle de me l’offrir. J’ignore quelle sorte d’attirance j’ai pu avoir à ce moment pour le jeu. Je m’en souviens néanmoins grossièrement, notamment des affrontements qui éclataient, menant l’un ou l’autre des joueurs en « prison ». Plus tard, j’ai récidivé avec NBA Live 99 (1998, Nintendo 64), dont j’avais souhaité la matérialisation pour Noël. Les souvenirs sont confus, mais je me revois y jouer solitairement sur la grande télévision du salon. Je sais qu’il m’a alors beaucoup plût.

Alors que ce sont des genres qui ne m’attirent guère, il m’arrive encore d’avoir cette « pulsion » pour un jeu de sport, ou de course (plus souvent). Comme l’expression spontanée d’un manque. Ce qui est suffisamment rare pour taire complètement l’occurrence. Mais dans le même temps trop singulier pour l’ignorer. Ainsi, dans ma ludothèque, on trouvera au moins un ou deux jeux de sport par support. Des anormalités, témoignant de territoires visités du bout des doigts. Souvent à la va vite, le temps de satisfaire l’envie. Parfois plus longuement.

Il m’a été donné, récemment, de jouer à NBA 2K14 (2013, Playstation 4). Le match d’introduction, joué pendant l’installation, m’a permis de confirmer ma curiosité soudaine. Sans faire de crochet par les matchs rapides, et ignorant que l’entraînement en était un sous-menu, je me lançai dans une carrière qui allait s’avérer riche en émotion. Mais déjà, je créais mon joueur, Jobig Sciatik (comprenne qui pourra). Lequel ne ressembla à rien de ce que j’aurais souhaité, mais tant pis. L’enjeu, d’entrée, était là : un match de démo, durant il lequel il me faudrait convaincre les recruteurs de mes compétences. Fichu, j’étais fichu ! me dis-je. Mais je parvins, étonnamment, à sauver les meubles – non sans avoir à supporter les gloussements ravis de mon adversaire.

Après une nuit de beuverie quasi certaine, le manager de l’Utah Jazz décidait de me recruter – pour la plus grande joie de mon avatar moche. Ce que je ne soupçonnai pas, c’est que cela ne signifierait pas forcément jouer au basket, les rookies étant d’abord amenés, l’appris-je, à rester sur le banc un moment. L’ambiance de la NBA me paraît, en ce sens, fidèle. On ressent durement ce mur à franchir, la lente progression vers le parquet, le fait de devoir en permanence se prouver. Cela peut être difficile à digérer, y compris en tant que joueur. L’aspect hyper concurrentiel de la NBA, qui voit les résultats et les statistiques de match dévorer l’attention, est en cela parfaitement retranscris.

Contre toute attente, je me suis trouvé happé dans cette envie de me « prouver » à mon « coach ». De faire le meilleur avec ces rares minutes de jeu, qui bientôt devinrent davantage. Je finis par devenir un joueur pilier de l’équipe (poste de pivot). Puis vint la titularisation, une consécration après de tumultueuses heures de jeu à me battre pour ça. Pour pouvoir jouer.

Je décidai néanmoins de prendre ma retraite peu de temps après. Un ultime affront du système de jeu, qui manipule un peu trop à mon goût les performances des coéquipiers pour provoquer des moments forts, eut raison de mes efforts. Cette porte fermée en ouvra une autre. Je me lançai, peu de temps après, dans le fantasy basket. Serein, sans les appels de balle, et les critiques sur faux-Twitter, je me complète désormais dans mon rôle de sélectionneur. J’achète et je vends en fonction de la performance en match réel des joueurs, que je suis en résumé, à l’affût de celui qui va exploser. Bref : je fais dans le consumérisme sportif. Pour un temps, au moins.

L’équipe des “Jomen”