Chroniques, Le 17

Le 17 : j’ai le mot fin

« (…) Et c’est tout le problème de cette idée de fin : on s’y condamne, on ne supporte pas de la devancer, comme si elle devait forcément s’imposer, nous guider. Mais pourquoi la fin est-elle toujours vue comme notre but à atteindre coûte que coûte et pas comme un simple moment, une petite rupture salutaire, un arrêt choisi ? Et si on tentait d’en finir avec cette idée de grande fin, d’en finir avant la fin ? »

https://www.franceculture.fr/emissions/carnet-de-philo/carnet-de-philo-du-mercredi-09-decembre-2020

L’idée de la fin m’a souvent tiraillé. Tantôt pressé de la voir arriver, tantôt redoutée, je n’ai jamais su me placer par rapport à cet arrêt soudain. D’un jeu sur l’autre, ou même d’une œuvre à l’autre, la fin est un moment qui m’embarrasse. Parce qu’elle est nécessairement abrupte, ce bien qu’elle soit discernable et préparée en amont; et parce qu’elle est un appel parfois plus fort encore que l’œuvre elle-même. Et, paradoxalement, plus je suis pressé d’en finir, moins je choisis d’arrêter en cours de jeu. Il m’en faut beaucoup, ou à l’inverse vraiment trop peu, pour cesser en cours de route.

A dire vrai, les jeux que je n’ai pas finis me pèsent plus qu’ils ne le devraient. Je sais lesquels. Je ne sais, en revanche, pas toujours pourquoi. Désintérêt ? Lassitude ? Concurrence des titres ? Changement d’humeur ? Manque de pugnacité ? Durée trop longue ? Les raisons sont variées. On les puise autant dans le joueur, dans le jeu, que dans leur relation. Cette alchimie plus ou moins réussie suffit à faire subsister les jeux les plus longs sans qu’ils n’y paraissent. Ou, inversement, rend les jeux les plus courts interminables. La sensation du temps qui passe est, dès lors, très relative.

Idéalement, quand les yeux ne pétillent plus, il vaudrait mieux en finir. C’est, en tout cas, ce à quoi je voudrais m’astreindre. Cesser de passer du temps quand l’envie ou la passion n’est plus là. Choisir mes propres fins. Est un idéal vers lequel je veux tendre. Mais finir, c’est à dire en voir la fin prévue, a toujours été un tel soulagement pour moi. Longtemps, cela m’a donné l’impression d’accomplir quelque chose. D’être aller au bout. De quoi, d’ailleurs ? Du jeu, ou de moi ? N’ai-je pas, sans le vouloir, corrompu, ou à défaut dérobé, cette idée de fin ? Qui n’est, dès lors, plus le fin mot de l’histoire, mais l’assouvissement d’une pulsion, d’une envie obsessionnelle et insensée.

Je ne compte plus le nombre de fois ou je suis allé au fond d’une grotte en sachant pertinemment que rien s’y trouve (Ah ! Mais heureusement pas dans la vraie vie), quitte à repartir bredouille. Quoi que, pas si bredouille. Il peut être satisfaisant d’inspecter les moindres recoins, de les voir se dessiner sur la carte, ou bien dans la tête. Même vides, ces extrémités des coins de pièce, ces culs-de-sac et ces pièces dégarnies peuvent nourrir l’esprit. Savoir, après l’avoir vérifié, qu’il n’y a rien à y faire, rien à y trouver, donne mérite à notre venue. C’est peut-être bien ça, dont il s’agit finalement. De l’idée de savoir. Plutôt que celle de ne pas savoir. D’ignorer la suite. De laisser courir l’incertitude.

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